Développement de l'énergie éolienne en France

Question de Gilbert CHABROUX (18 mars 1999),
Sénateur [Soc.] du Rhône

Commentaire Questions d'énergies (26 avril 1999)


Question de Gilbert CHABROUX (18 mars 1999),
Sénateur [Soc.] du Rhône

14830 - Politique d'incitation au développement de l'énergie éolienne - M. Gilbert Chabroux attire l'attention de Mme le ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement sur la politique d'incitation au développement de l'énergie éolienne. En effet, force est de constater que la puissance que développent les éoliennes a connu, depuis une quinzaine d'années, une progression importante. Les constructeurs ont, en effet, innové afin que ces équipements soient désormais plus compacts et plus productifs. C'est ainsi que des programmes mettant en Ïuvre des techniques d'accélérateur de vent sont désormais appliqués dans certains pays. En conséquence, et alors que notre pays s'est engagé à donner naissance à un parc éolien produisant 500 MW à l'horizon de l'an 2005, il lui demande quelles mesures incitatives sont actuellement mises en oeuvre pour développer ces équipements producteurs d'énergie non polluante.


Commentaire Questions d'énergies (26 avril 1999)

Le programme Éole 2005, lancé en février 1996 par la Direction Générale de l'Énergie et des Matières Premières et conduit par EDF, permet à la France de s'engager sur la voie de l'exploitation de la deuxième ressource éolienne d'Europe. Il vise à multiplier par 50 la puissance éolienne française, ce qui peut sembler ambitieux de prime abord, mais qui se révèle être un pas de souris comparé aux larges enjambées de nos voisins Allemands, Danois ou Espagnols. En effet, le programme d'installation établit un objectif de 500 MW en neuf ans, qui représentent exactement ce que l'Espagne ou l'Allemagne ont installé dans la seule année 1998.

On peut s'étonner que la France, qui après la seconde guerre mondiale, et jusqu'au début des années 60 était à la pointe de cette technologie (certes encore balbutiante) ait si bien délaissé cette voie qu'elle se retrouve aujourd'hui à combler un retard considérable par rapport aux pays de l'Union Européenne. En 1996, la France comptait moins de 10 MW de puissance installée et raccordée au réseau de distribution EDF, alors que l'Allemagne approchait des 2000 MW et que le Danemark lui approchait des 1000 MW (avec 5,4% de son électricité provenant de l'éolien). Le marché des constructeurs d'aérogénérateurs en France connait une forte croissance depuis 5 ans mais les normes fixées par EDF (comme la limitation en puissance de 8 MW des projets français) et le prix de rachat de l'électricité produite (34 à 38 cts/kWh selon les facilités de raccordement au réseau) jugé trop bas de 5 à 10 cts par les potentiels investisseurs, sont autant de freins à la réalisation des projets français. Le financement des projets reçoit cependant le soutien d'EDF (jusqu'à 15% du budget pour le site de Sallèles-Limousis par exemple), de l'ADEME (généralement moins de 1%), des conseils régionaux (de 1 à 3% du budget) ainsi que de prêts sans taux de l'État dans le cadre d'Éole 2005. Le coût d'installation d'environ 7 MF par MW de puissance, en baisse constante (voir figure 1), représente pourtant un gros intérêt régional lorsqu'on sait que 30% du budget est consacré aux aménagements (70% au matériel proprement dit) et qu'ils sont en majeure partie confiés aux entrepreneurs locaux. Il n'est alors pas étonnant de trouver des régions comme le Languedoc-Roussilllon, qui possède un fort potentiel éolien, en tête du nombre de projets présentés pour le premier appel d'offres lancé en octobre 1996 (50 MW). Elle représente à elle seule 38,8% de la puissance retenue (77,45 MW au total). Un deuxième appel à proposition a été lancé en mars 1998 (100 MW dont 25 MW pour la Corse et les DOM), et les projets devaient être déposés avant le 30 avril 1999.

La prise de conscience tardive de la France dans le domaine éolien reste confinée à un effort minimum comparé aux objectifs de pays comme le Danemark qui projette de produire 10% de son électricité à l'horizon 2000 grâce à l'éolien. En effet, les 500 MW installés d'ici 2005 devraient produire de 0,8 à 1 TWh/an, ce qui avec la production actuelle d'électricité en France représente environ 0,2% du total annuel (la proportion aujourd'hui est inférieure à 0,01%). Dans ce cas, alors qu'au niveau de la communauté européenne on poursuit le développement de turbines de 100 kW compactes (avec des diamètres de 4m contre 15 à 20m à l'heure actuelle) à vitesse variable (c'est à dire fonctionnant sans multiplicateur de vitesse qui adapte la fréquence de rotation des pales à celle du courant du réseau EDF, et donc a un effet limitatif pour des vents forts, mais avec une électronique de puissance qui régule la fréquence et par conséquent évite les pertes énergétiques) dont on estime qu'elles engendreront un coût de production de 20-25 cts/kWh à l'horizon 2002 (voir la diminution du coût du kWh sur la figure 2), il semble clair que la France ne souhaite toujours pas s'engager dans la voie de l'éolien.

Alors que nos partenaires européens financent déjà de véritables filières industrielles qui s'exportent en dehors de leurs frontières (le Danemark avec 64,5% (Vestas, NEG Micon, Bonus, Nordex, Wind World), l'Allemagne avec 16,3% (Enercon, Enron), et l'Espagne avec 8,4% (Made, Desarollos) se partagent 90% du marché mondial) et que le marché mondial connait une croissance annuelle de 20% depuis 1995 (voir figure 3), les PME françaises sont encore au stade où elles essaient de faire valoir l'intérêt économique (notamment en terme d'emploi) que pourrait représenter une telle industrie pour la France, lorsque s'ouvrira le marché européen de distribution d'électricité. Avec l'adoption de normes plus souples pour la production d'électricité éolienne, dans le cadre de cette ouverture de marché à la concurrence européenne, on peut espérer que les entreprises françaises pourront faire valoir leurs compétences dans ce domaine. Elles n'ont d'ailleurs rien à envier à leurs concurrents européens, grâce notamment aux avancées technologiques du secteur aérospatial français, mais se voient lourdement pénalisées par un manque d'intérêt évident de la part des pouvoirs publics.


Commentaire précédent - Retour à la liste des commentaires - Commentaire suivant


  
  Le site Questions d'énergies : tous nos services en un clin d'oeil
        Rédacteur en chef : ymarignac@questions-energies.org
        Webmaster : patrick.baron@wise-paris.org

Accueil

Plan site

Présentation

Actualité

Bulletins

Statistiques

Commentaires

Abonnement